Histoire - Nanterre-Amandiers

Travaux de création de la grande salle, 1975

Histoire du théâtre

1968
Création de la Maison de la culture de Nanterre à l’actuel emplacement du théâtre, dirigée par Pierre Debauche
1976
Inauguration de l’actuel bâtiment du théâtre sous la direction de Pierre Debauche et Pierre Delille
1980
Nomination de Raoul Sangla à la direction de la Maison de la culture
1982
Nomination de Patrice Chéreau et Catherine Tasca
Dissolution de la Maison de la culture, création de la S.A.R.L Nanterre-Amandiers
1991
Nomination de Jean-Pierre Vincent
2002
Nomination de Jean-Louis Martinelli
2014
Nomination de Philippe Quesne et Nathalie Vimeux
2016
Départ de Nathalie Vimeux. Philippe Quesne reste directeur du théâtre.
2021
Nomination de Christophe Rauck
2025
Inauguration du nouveau Théâtre des Amandiers

Une aventure artistique et politique depuis 1965

Depuis plus d’un demi-siècle, le Théâtre des Amandiers accompagne les métamorphoses de Nanterre et, avec elles, celles du théâtre public français. Né, au cœur des années 1960, d’un projet politique et culturel résolument ambitieux, il s’est peu à peu imposé comme un lieu majeur de création, de formation et de réflexion artistique, reconnu bien au-delà des frontières de la banlieue parisienne.

De festival expérimental à grand centre dramatique national, de théâtre de quartier à laboratoire artistique de rayonnement international, le Théâtre des Amandiers condense à lui seul plus de cinquante ans d’histoire culturelle, sociale et politique.

Son histoire est celle d’un théâtre public demeuré fidèle à ses principes fondateurs : créer et partager, transmettre et expérimenter, inventer sans cesse de nouvelles manières de faire théâtre avec et pour la ville.

Une rencontre fondatrice au cœur des années 1960

En 1965, Nanterre est une ville ouvrière de près de 90 000 habitants, en pleine expansion urbaine. De nouveaux quartiers surgissent, mais l’offre culturelle reste modeste : quelques cinémas, une salle des fêtes, aucun théâtre, aucune maison de la culture.

Dans le même temps, la France engage une vaste politique de décentralisation dramatique afin d’implanter des lieux de création hors de Paris.

C’est dans ce contexte que se rencontrent Raymond Barbet, maire de Nanterre depuis 1935, et Pierre Debauche, comédien et metteur en scène. Le premier est convaincu que la culture doit être un outil d’émancipation populaire. Le second rêve de faire venir au théâtre « ceux qui n’y sont jamais allés ».

De cette convergence naît un projet simple et audacieux : créer à Nanterre un festival de théâtre accessible à tous. Ce qui n’est encore qu’une expérience deviendra bientôt une institution.

Les festivals fondateurs, ou l’invention d’un public

Le premier festival de 1965 affirme immédiatement une ambition artistique élevée. Pierre Debauche met en scène Les Ennemis de Maxime Gorki, adapté par Arthur Adamov, avec Silvia Monfort. Roger Planchon présente La Surprise de l’amour de Marivaux.

Dès cette première édition, le projet se distingue par la qualité des artistes invités et par la volonté de toucher un public très large.

Le deuxième festival, en 1966, marque une véritable reconnaissance publique. Installé dans des hangars désaffectés du camp de la Folie, il attire plus de quatorze mille spectateurs. Deux créations deviennent alors emblématiques.

Le Trèfle à quatre feuilles propose quatre pièces jouées chacune en quatre langues – français, arabe, portugais et espagnol – et fait du plurilinguisme un geste politique et poétique.

Ah ! Dieu que la guerre est jolie, adaptation de Oh! What a Lovely War, devient un immense succès populaire. Cette satire de la guerre de 14-18 est jouée deux cent quarante-cinq fois jusqu’en 1968, puis reprise en 1972. Elle marque durablement le public nanterrien et installe les Amandiers comme un lieu de théâtre politique et populaire.

Le troisième festival, en 1967, au Palais des sports de Nanterre, confirme l’ampleur du phénomène. Jusqu’à mille spectateurs assistent aux représentations. La programmation mêle théâtre, musique, danse, débats et spectacles en arabe et en portugais.

À l’issue de ces trois éditions, un constat s’impose : un théâtre est né dans la ville.

Le théâtre hors les murs et l’épreuve de 1968

En 1968, dans l’attente d’un lieu fixe, Pierre Debauche choisit de déplacer le théâtre au plus près des habitants. La troupe joue dans les usines, dans les quartiers, dans les écoles, les salles des fêtes et à l’université. Il lance les « Dix théâtres de Nanterre », qui irriguent toute la ville.

Pendant la grève de Mai 68, le théâtre est officiellement à l’arrêt, mais le comité des Amandiers donne soixante-cinq représentations dans vingt-sept entreprises et six établissements scolaires. Le théâtre devient alors un outil direct de circulation des idées, de débat politique et de formation culturelle.

Ce moment fonde durablement l’image des Amandiers comme un théâtre de terrain, engagé dans la vie sociale.

Rue Greuze, ou la naissance d’une permanence artistique

En septembre 1969, un théâtre provisoire est inauguré rue Greuze. Pierre Debauche et Pierre Laville en assurent la direction.

Cette période est décisive pour l’identité du lieu. Debauche instaure une véritable permanence artistique : spectacles toute l’année, théâtre pour enfants, débats après les représentations, spectacles en langues étrangères, attention constante portée aux travailleurs immigrés.

Peu à peu, une communauté de spectateurs fidèles se constitue. Les Amandiers acquièrent une identité durable : celle d’un théâtre profondément ancré dans la vie sociale de Nanterre.

1976 : un bâtiment pour un projet devenu national

Après plusieurs années de réflexion et de chantier, le nouveau théâtre est inauguré en septembre 1976 au 7 avenue Pablo-Picasso. Il devient à la fois Maison de la culture et Centre dramatique national.

L’ouverture est marquée par de grandes productions : La Dispute de Marivaux mise en scène par Patrice Chéreau, Tartuffe de Molière par Roger Planchon, Les Estivants de Gorki par Peter Stein, ainsi que deux opéras de Haendel et de Rossini.

Les Amandiers entrent alors dans une nouvelle dimension, à la fois architecturale, artistique et institutionnelle.

Les grandes directions artistiques

Pierre Debauche, ou l’invention d’un théâtre populaire (1965-1978)

Fondateur du lieu, Pierre Debauche donne aux Amandiers leur ligne fondatrice. Il y développe un théâtre politique, accessible à tous, étroitement lié au monde ouvrier et aux quartiers populaires.

Ses temps forts artistiques restent indissociables des festivals fondateurs, du succès durable de Ah ! Dieu que la guerre est jolie, des tournées dans les usines en 1968 et de la création d’une programmation permanente rue Greuze.

Il laisse derrière lui un théâtre solidement implanté dans la ville et reconnu sur la scène nationale.

Raoul Sangla, ou l’ouverture à tous les arts (1978-1982)

Avec Raoul Sangla, la Maison de la culture connaît une inflexion importante. Journaliste et homme de télévision, il ouvre largement la programmation à la musique, à la danse, au cinéma, aux arts plastiques et à l’audiovisuel.

Certaines fêtes traditionnelles, comme la Fête de la Rosière, sont transformées en festivals culturels contemporains.

Les Amandiers deviennent alors un lieu pluridisciplinaire, préparant l’arrivée d’une génération de créateurs qui va profondément renouveler l’esthétique du théâtre.

Patrice Chéreau et Catherine Tasca, le théâtre comme utopie (1982-1991)

L’arrivée de Patrice Chéreau constitue un tournant historique. Il transforme les Amandiers en laboratoire de création européen et fonde une école d’acteurs intégrée au théâtre.

Parmi les temps forts de cette période figurent les premières grandes créations de Bernard-Marie Koltès, notamment Combat de nègre et de chiens, et la création monumentale des Paravents de Jean Genet.

Les ateliers accueillent également des tournages importants, comme L’Homme blessé et plus tard La Reine Margot.

Chéreau décrit ces années comme un temps d’« énergie folle », où acteurs, élèves, auteurs et spectateurs se croisent sans cesse. Cette période donne aux Amandiers une renommée internationale durable.

Jean-Pierre Vincent, le retour au texte (1991-2001)

Jean-Pierre Vincent prolonge l’exigence artistique héritée de Chéreau. Il développe de grandes mises en scène de Marivaux, Brecht et Ibsen, et accorde une attention particulière au jeu de l’acteur.

Son théâtre reste politique, mais gagne en lisibilité et en rigueur formelle.

Sous sa direction, les Amandiers consolident leur place comme l’un des hauts lieux européens du théâtre de texte.

Jean-Louis Martinelli, un théâtre pour penser le monde (2002-2013)

Jean-Louis Martinelli affirme un projet clairement politique et intellectuel. Il considère que le théâtre doit miner le consensus, faire surgir l’inouï et nourrir la réflexion citoyenne.

Parmi les temps forts figurent Une maison de poupée d’Ibsen avec Marina Foïs, ainsi que de nombreuses créations consacrées à la guerre, aux totalitarismes, aux conflits idéologiques et à la mémoire européenne.

Il développe également des cycles de débats, des rencontres avec philosophes et écrivains et une programmation internationale exigeante.

Les Amandiers deviennent alors un lieu central du théâtre politique contemporain.

Philippe Quesne, le théâtre comme expérience (2014-2021)

Avec Philippe Quesne, l’esthétique du lieu se transforme profondément. Issu des arts plastiques, il fait du théâtre un espace d’expérimentation mêlant installation, performance, musique et arts visuels.

Avec sa compagnie Vivarium Studio, il crée notamment La Mélancolie des dragons, La Nuit des taupes et La Parade des taupes, qui transforme tout le théâtre en vaste installation artistique.

Il développe aussi de grands projets participatifs comme Atlas Nanterre, Ça ira (Fin de Louis) de Joël Pommerat, Show must go on de Jérôme Bel et le festival Mondes possibles.

Les Amandiers deviennent un théâtre de l’expérience, ouvert aux habitants et aux formes scéniques contemporaines.

Christophe Rauck, transmission et renouveau (depuis 2021)

Depuis 2021, Christophe Rauck ouvre un nouveau cycle dans le contexte du chantier de réhabilitation.

Il fonde son projet sur la transmission, l’accompagnement de la jeune création et des saisons partagées avec plusieurs artistes associés. Il renforce la présence des auteur·rice·s contemporains, développe l’Atelier – formation professionnelle de deux ans – et multiplie les collaborations nationales et internationales.

Pendant les travaux, l’activité se poursuit dans un théâtre provisoire et hors les murs, en lien étroit avec les habitants.

Le 18 décembre 2025, le Théâtre nanterre-Amandiers rouvre dans un bâtiment entièrement réhabilité, moderne et tout en transparence, conçu par l’agence norvégienne Snohetta.

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